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Thomas Andrews (1873)

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  Résumé  

Thomas Andrews (7 février 1873 - 15 avril 1912) est un architecte naval britannique qui a travaillé à la construction de plusieurs paquebots. Il grandit au sein d'une famille aisée, puis devient apprenti dans les chantiers navals Harland & Wolff de Belfast dont le président, Lord Pirrie, est son oncle. Pendant quelques années, Andrews gravit progressivement les échelons avant d'être nommé directeur général de l'entreprise. La réparation du paquebot de la White Star Line Suevic, à laquelle il participe, fait de lui un des architectes navals les plus renommés de son époque.

En 1908, Andrews est chargé de superviser la construction de trois grands paquebots de classe Olympic pour la White Star Line. Ces paquebots se démarquent de leurs contemporains par leur taille et leur luxe. Pour l'architecte, ils représentent la consécration de sa carrière. Andrews prête d'ailleurs une attention particulière aux moindres défauts de son premier né, l’Olympic, afin de les corriger sur le deuxième navire, le Titanic.

Après de nombreux mois de travail, le Titanic entame son voyage inaugural le 10 avril 1912. Thomas Andrews embarque à bord avec son groupe de garantie, composé de huit ouvriers et ingénieurs chargés de prendre des notes sur toutes les imperfections du paquebot. Cependant le 14 avril, le Titanic heurte un iceberg et l'architecte se rend très vite compte que son navire est condamné. Tout au long du naufrage, il participe à l'évacuation des passagers, emmène plusieurs d'entre eux aux canots et s'assure que tout le monde est en possession d'un gilet de sauvetage. De nombreux témoignages font état de son comportement exemplaire au cours de cette nuit tragique. Andrews meurt dans le naufrage le 15 avril 1912, laissant derrière lui une femme et une petite fille de deux ans.

En juin 1912, l'écrivain Shan Bullock signe une biographie faisant l'éloge de Andrews et sa famille fait construire un mémorial en son honneur, dans sa ville natale. Son nom, ainsi que celui des hommes du groupe de garantie, figure également sur un mémorial érigé à Belfast en 1920. Enfin, le personnage de Thomas Andrews apparaît dans plusieurs documentaires et films consacrés au naufrage, dont le plus connu est celui de James Cameron, Titanic.

  Biographie  

  Jeunesse

Thomas Andrews est né le 7 février 1873, dans la maison familiale appelée « "Ardara House" », à Comber (province de l'Ulster) en Irlande au sud-est de Belfast. Il est issu du mariage de Thomas Andrews et d'Eliza Pirrie en 1870. Par sa mère, c'est le neveu Lord William James Pirrie, principal actionnaire et président des chantiers navals Harland & Wolff de Belfast. La famille Andrews, dont la devise est "Always Faithful" (toujours fidèle), joue un rôle important dans la vie du village. Les Andrews se sont effet distingués à de nombreuses reprises sur plusieurs générations. Durant la période troublée de 1779 - 1782, John Andrews a soulevé et commandé une patrouille de volontaires. En 1857, un autre John Andrews, devient shérif. C'est à lui que la famille doit également la création de la firme John Andrews & Co, spécialisée dans le textile en lin. En 1912, elle emploie quelque six-cents villageois de Comber, et existe toujours un siècle plus tard. À l'époque de la naissance de Thomas Andrews Junior, le chef de la famille est William Drennan Andrews, le frère de son père. Celui-ci occupe la fonction de juge de la Haute-Cour d’Irlande depuis 1882 et celle de membre du conseil privé depuis 1897. Les enfants de Thomas Andrews Senior ne dérogent pas à la règle, puisqu'ils deviennent eux-mêmes des hommes célèbres, chacun à leur manière : John Miller Andrews est connu pour avoir été le deuxième premier ministre de l'histoire d'Irlande du Nord, et son frère, Thomas Andrews, dont il est inséparable, est connu pour être l'architecte du Titanic.

Thomas Andrews, dit « Tom », est éduqué par un précepteur (tout comme ses frères) jusqu'à ses onze ans. À l'époque, en Ulster, la plupart des enfants n'ont pas cette chance. John Andrews dit que son frère a d'ailleurs toujours été particulièrement conscient de sa chance d'avoir grandi dans un milieu aisé. On le décrit comme un enfant énergique, courageux et aimable, ses parents affirment : Il ne nous a jamais causé d'angoisse à aucun moment de sa vie. En septembre 1884, il devient étudiant à la "Royal Belfast Academical Institution" de Belfast, son père et son oncle y ont également étudié. Andrews ne fait pas preuve de qualités particulières mais il excelle en sport, particulièrement en équitation et au cricket. Ayant reçu un poney Shetland en cadeau d'anniversaire quand il était plus jeune, il pratique régulièrement l'équitation en grandissant. Concernant le cricket, la famille Andrews est la créatrice du "North Down Cricket Club", elle a d'ailleurs fait don du terrain sur lequel l'équipe joue à Comber depuis sa création. Être joueur de cricket est donc une tradition pour les hommes de la famille. Thomas Andrews consacre également beaucoup de temps aux abeilles, et fait installer neuf ruches à "Ardara House". Cependant, son véritable intérêt se porte sur les bateaux (contrairement à ses frères qui se passionnent pour la politique). Pour cette raison, sa famille le surnomme affectueusement « l'amiral ». Les Andrews possédant un cottage sur l’île de Braddock, le jeune Thomas peut y pratiquer les régates sur le lac Strangford.
Le 1er mai 1889, âgé de 16 ans, il quitte l'école et entre dans les chantiers de Harland & Wolff, où il devient apprenti.

 Harland & Wolff
Apprentissage
Pour payer son apprentissage, ses parents doivent débourser l'importante somme de 100 guinées, ce qui à l'époque était l'équivalent du prix de trois cabines de première classe, parmi les moins chères du Titanic. C'est un travail difficile qui l'attend. Lord Pirrie, son oncle, a décidé de ne pas faire de favoritisme envers son neveu. C’est donc seulement grâce à ses capacités et à ses efforts, que Andrews est parvenu à gravir les échelons au sein de l'entreprise.

Tous les matins il se lève à 4 h 50. Ponctuel, il est au travail à 6 heures. Ses trois premiers mois sur le chantier se déroulent dans le dépôt du menuisier, puis il passe un mois avec les ébénistes, et deux autres à bord des navires pour participer aux installations. S’en suivent ensuite, deux mois au dépôt principal, puis cinq sur les chantiers navals, deux mois dans le loft de moulage, deux autres mois avec les peintres. Il reste huit mois avec les ferronniers, six avec les installateurs, trois en compagnie des modélistes, et enfin, passe huit mois à la forge. Pour terminer, il entre en 1892 chez les dessinateurs, où il découvre l'élaboration des plans d'un bateau. Faisant preuve de réelles capacités, Andrews se voit rapidement confier la responsabilité du bureau de dessin. En février 1893 il reçoit la supervision des travaux de construction sur le Mystic, et la même année il présente à la "White Star Line" ses essais sur le Gothic. Au cours de 1894, il seconde le gestionnaire de chantier pour les réparations du Coptic. Celui-ci a en effet subi des dommages après une collision avec Lycia, alors qu'il faisait cap sur Liverpool. Au mois de novembre, il rencontre le directeur général de Harland & Wolff, avec lequel il discute de la restauration du Germanic. Thomas Andrews n'a alors que 21 ans, mais sa carrière est déjà bien lancée. Cette longue période de 18 mois au sein du département dessin met un terme à son mandat d'apprenti qui a duré cinq ans.

Architecte naval


Passé la période d'apprentissage, Thomas Andrews continue à travailler avec les dessinateurs, et de 1896 à 1900 il enchaîne différentes fonctions. Après avoir été dessinateur, il devient gestionnaire d’extérieur, puis responsable du département de réparation. Il supervise ainsi la reconstruction du Chine après un accident à Perim, ou encore celle du Paris qui s'est échoué sur les "Manacles" (ensemble de rochers immergés au large de la péninsule de Cornouailles). Andrews participe également à l'allongement du Scot et de l'Augusta Victoria, en les divisant puis en insérant une section neuve au milieu des deux bateaux.

Les années et les promotions se succèdent. En 1901, Andrews devient membre de l'Institut des Architectes Navals. En 1904, Andrews est nommé directeur adjoint du bureau de dessin. Enfin en 1905, il est promu directeur général des chantiers navals Harland & Wolff. Désormais chargé de la conception et chef du bureau d'études, il doit superviser la construction des navires, du dessin des plans au départ du navire de Belfast. Cette année-là, Thomas Andrews a 32 ans, et déjà treize années d'expérience aux chantiers. De 1899 à 1912, ou de l’Oceanic au Titanic, Andrews travaille sur de nombreux bateaux. Quelques uns appartiennent à la "White Star Line", comme le Celtic, le Cedric, le Baltic, le Laurentic, le Megantic, l’Adriatic, et finalement l'Olympic et le Titanic. Il travaille également à la réparation du Suevic, de la "White Star Line". Le navire, construit en 1901, s'est en effet échoué sur des rochers en 1907 et la compagnie, par mesure d'économie, a tenté de le remettre à flot. Cependant, les opérations de sauvetage n'ont permis de sauver que la partie arrière, qui avait dû être coupée en deux. Harland & Wolff reçoit donc la commande d'une moitié de navire pour réparer le paquebot, chose faite en 1908. En dehors des commandes de la "White Star Line", il travaille également sur l’America, et d’autres moins connus mais qui n'en naviguent pas moins sur les quatre mers, comme par exemple, le President Lincoln et le President Grant, le Nieuw Amsterdam, le Rotterdam, le Lapland. l’Aragon, l’Amazon, l’Avon, l’Asturias, l’Arlanza, le Herefordshire, le Leicestershire, le Gloucestershire, le Oxfordshire, le Pericles, le Themistocles, le Demosthenes

La consécration : la classe Olympic

Cependant, le navire qui le rend célèbre est le Titanic. En 1907, Joseph Bruce Ismay et William James Pirrie décident de construire trois navires géants pour la "White Star Line" afin de concurrencer les récents Lusitania et Mauretania de la "Cunard Line". Les chantiers Harland & Wolff, qui construisent les navires de la compagnie depuis son rachat par Thomas Henry Ismay en 1867, sont naturellement choisis pour réaliser ce projet sans même passer par le biais d'un contrat, le seul document utilisé étant une lettre d'accord. Thomas Andrews et Alexander Carlisle, beau-frère de Pirrie, sont désignés comme principaux architectes. Les trois navires, appartenant à la classe Olympic doivent être les plus grands paquebots du monde : l’Olympic, le Titanic et le Gigantic. Lorsque Carlisle prend sa retraite en 1910, Andrews est seul chargé de la construction.

Sur les chantiers de l'Olympic et du Titanic, tout le monde s'accorde à dire que Andrews est un patron respecté et apprécié. Dans son ouvrage, Shann Bullock cite un ouvrier qui décrit Andrews de la façon suivante : un chef attentionné et un toujours un bon ami. Sa femme atteste également cette relation particulière qui l'unissait à ses employés, car selon elle son mari les considérait comme des frères. Un soir alors qu'elle et Andrews sont en promenade non loin des chantiers Harland & Wolff, ils croisent un groupe de travailleurs qui rentrent chez eux, et Andrews s'exclame : Ce sont mes camarades, Nellie. La situation se présente à nouveau quelque temps après et Helen Andrews lui rappelant ses propos, il affirme : Oui, ce sont vraiment des amis. Après le naufrage, Saxon Payne, le secrétaire de lord Pirrie, rajoute : Ce n'était pas une exception de l'aimer, nous l'aimions tous.

Thomas Andrews embarque le 14 juin 1911 sur l’Olympic pour son voyage inaugural, comme il l'a fait pour l’Oceanic et l’Adriatic. Sa présence à bord a pour but de déterminer les améliorations à apporter au navire et d'observer le déroulement la navigation. Durant le voyage, Andrews prend des notes qui permettent de mesurer le souci du détail dont fait preuve l'architecte. En effet, celui-ci s'arrête sur des détails pouvant paraître insignifiants, tels que le manque de porte-éponges ou l'emplacement des miroirs sur les portes des cabines.

 Mort à bord du Titanic
Préparation de la traversée


Le 2 avril 1912, à 6 h, le Titanic quitte Belfast. Andrews est à bord, très occupé à recevoir les représentants des propriétaires et les inspecteurs. Dans une lettre à sa femme Helen, il écrit que les essais du Titanic sont très satisfaisants mais qu'il y encore beaucoup à faire. Thompson Hamilton, le secrétaire d'Andrews, raconte que ce dernier n'avait pas un moment de repos. Pendant les quelques jours qui le sépare du départ, Thomas Andrews loge dans un hôtel de Southampton. Tous les matins à 8 h 30, il se rend dans les bureaux où il s'occupe d'abord de sa correspondance avant de rejoindre le Titanic, sur lequel il reste jusqu'à 18 h 30. Hamilton raconte l'avoir vu s'affairer à bord du navire, remettant lui même en place les échelles des couchettes, les chaises, les tables, allant même jusqu'à vérifier l'état de tous les ventilateurs électriques. Thomas Andrews ne ménage pas ses efforts pour que le paquebot soit irréprochable, et il prend également le temps de faire le tour du navire avec les armateurs, tout en restant à l'écoute des éventuelles questions de dernière minute que peuvent poser les mécaniciens, fonctionnaires, directeurs, représentants et sous-traitants.

Au soir du dimanche 7 avril, il écrit une nouvelle fois à sa femme pour lui donner des nouvelles, et l'informe de ses différents projets pour le paquebot. Deux jours plus tard, il lui annonce avec fierté que le navire est désormais complet et fin prêt en possession de son certificat de navigabilité signé par le Board of Trade. Le lendemain, 10 avril 1912, Thomas Andrews est le premier à embarquer à 6 h du matin, accompagné de huit techniciens. Choisis par Harland & Wolff pour leurs compétences et leur enthousiasme, ils forment le groupe de garantie, et voyagent gratuitement en première et en deuxième classe. Andrews occupe quant à lui la cabine A-36, à bâbord, sur le pont A. Cette cabine est un ajout de dernière minute dans la cage du Grand Escalier arrière mais elle est malgré tout plutôt spacieuse, comprenant même une baignoire et des WC privés. Soucieux que tout soit parfait, il effectue un dernier tour d'inspection, avant l'arrivée des passagers. Puis Andrews fait ses au revoir à Hamilton, qui reste à Southampton. Le secrétaire se souvient de ses derniers mots : surtout, n'oublie pas de tenir Mme Andrews informé de toutes les nouvelles du Titanic.

La traversée

Lors de l'incident avec le New-York, Andrews trouve la situation franchement désagréable. Puis il profite de l'escale à Cherbourg pour envoyer une lettre à son épouse dans laquelle il l'informe que tout se passe pour le mieux et que le beau temps laisse présager un voyage agréable. Il mentionne également le Nomadic et le Traffic dans les termes suivants : Les deux transbordeurs ont l'air bien. Tout deux ont été construits un an plus tôt pour transporter les passagers, du port de Cherbourg jusqu'au Titanic. Enfin il rajoute : J'ai un siège à la table du docteur. Helen Andrews reçoit une dernière lettre de son mari, postée à Queenstown (aujourd'hui Cobh) et datée du 11 avril, qui lui apprend une nouvelle fois que tout se déroule à merveille. Le groupe de garantie qui l'accompagne, se compose d'un chef dessinateur, un assistant et un apprenti électricien, un apprenti menuisier, deux contremaîtres ajusteurs également accompagnés d'un apprenti, et enfin, un apprenti plombier. Tous ces jeunes gens sont alors promis à un bel avenir, mais aucun d'entre eux ne survit au naufrage.

Durant la traversée, ils sont chargés d'aider l'équipage à se familiariser avec le paquebot et les mécaniciens avec leur machines. Ils prennent également soin de noter toutes les modifications possibles pouvant améliorer le navire. Avec son carnet de notes toujours à la main, Thomas Andrews arpente le Titanic en long et en large, traquant la moindre petite imperfection. Il découvre par exemple que l'une des tables à vapeur, de la cuisine du restaurant, fonctionne mal. Puis il note que le crépis de la promenade privée est trop foncé, et toujours pour des raisons esthétiques, que certains meubles en osier devraient être repeint en vert. Soucieux du détail, Andrews remarque également qu'il faut réduire le nombre de vis sur les patères des porte-chapeaux. Enfin, constatant que le salon de lecture, destiné au repos des dames après le dîner, est finalement peu utilisé, il prévoit de créer à la place deux autres cabines de première classe.


C'est le steward Henry Etches qui est en charge de la cabine de Thomas Andrews. Il a déjà eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises sur l'Olympic. Tous les matins à 7 h 00, Etches lui apporte du thé et des fruits, puis il le retrouve à 18 h 45 précises, avant le dîner, pour l'aider à enfiler sa tenue de soirée. Le steward a par la suite déclaré que Andrews n'arrêtait de travailler que le temps des repas. Andrews jouit d'une grande popularité parmi les passagers, mais il est tout autant apprécié par l'équipage et devient parfois le confident de certain d'entre eux, comme le premier officier William Murdoch qui lui confie ses soucis avec Henry Wilde, venu le remplacer au dernier moment au rang de commandant en second. D'après l'hôtesse Mary Sloan, dès que quelque chose va mal, c'est toujours à Andrews que l'équipage demande aide ou conseil. En effet, il se préoccupe du bien-être de chacun, qu'il s'agisse des officiers, des stewards, des hôtesses, des mécaniciens ou des chauffeurs. Le chef boulanger, Charles Joughin, fait même cuire des miches de pains spécialement pour lui. Dans ses mémoires, l'hôtesse Violet Constance Jessop mentionne Thomas Andrews, qui est selon elle, la seule personne à avoir vraiment tenu compte des demandes de l'équipage. Les membres du personnel ont l'habitude de le croiser lors de ses tournées, déambulant discrètement dans les coursives, avec un visage fatigué mais un air satisfait. Il ne manque jamais de s'arrêter pour un mot joyeux. D'après Violet Jessop, tout le monde sait combien Andrews aime sa maison irlandaise, et à quel point il lui tarde de rentrer profiter d'un repos bien mérité, afin oublier pour quelque temps la conception du navire. Mary Sloan remarque elle aussi à quel point sa maison lui manque. Elle raconte que parfois entre deux éclats de rire, Andrews devient tout à coup grave et son regard semble alors se perdre au loin, vers ses maisons, Ardara et Dunallan. Mary Sloan le croise notamment le vendredi 12 au soir, dans le Grand Escalier, alors qu'il s'apprête à aller dîner. Mais l'architecte semble avoir l'esprit ailleurs et lui parle de sa famille. Il lui avoue que la seule chose qu'il n'aime pas du Titanic, c'est qu'il l'éloigne chaque heure un peu plus de chez lui. À ce moment, l'hôtesse lui trouve l'air très triste et fatigué.

Mais le dimanche 14 avril, Andrews semble être redevenu lui-même. Il retrouve à sa table le Dr O'Loughlin, chirurgien du navire, avec lequel il a pris l'habitude de manger ainsi qu'Albert et Vera Dick, un couple de Canadiens voyageant en première classe avec lesquels il s'est lié d'amitié. Ceux-ci témoignent qu'Andrews passe le dîner à parler de sa maison, de sa femme et de sa fille ; mais qu'il est aussi très fier de son navire. En forme et de bonne humeur, il annonce même que le Titanic est aussi parfait qu'un cerveau humain peut l'imaginer. Après le repas, il rend visite au boulanger pour le remercier de ses miches spéciales. Puis il retourne directement dans sa cabine et s'installe à sa table de travail afin de se plonger dans les plans du Titanic, et relire ses notes prises au cours de la journée. Thomas Andrews travaille ainsi jusqu'au moment de la collision, qui a lieu le même soir.

Le naufrage
=Collision et estimation des dégâts
=

À 23 h 40, Andrews est toujours en train d'étudier les plans, lorsque le Titanic heurte un iceberg. Sur le coup, il ne se rend compte de rien, mais peu de temps après un homme frappe à sa porte et l'informe que le capitaine Edward Smith requiert sa présence immédiate sur la passerelle. Smith et Andrews descendent rapidement jusqu'au pont G, où ils découvrent avec effroi que l'eau a envahi la salle de tri postal, et le court de squash. Au total, cinq compartiments sont déjà inondés et Andrews est le premier à comprendre que le Titanic est condamné, puisque celui-ci ne peut se maintenir à flot avec plus de quatre compartiments inondés. Les deux hommes remontent ensuite en tentant d'éviter les endroits fréquentés par les passagers, pour ne pas créer de panique. De retour sur la passerelle, et après un bref calcul, il informe aussitôt le capitaine Smith du sort du paquebot et lui conseille d'ordonner la mise à l'eau des canots. Selon lui, il reste environ une heure avant que le navire ne sombre entièrement. Finalement le Titanic tient deux heures et quarante minutes, entre la collision et sa disparition.

=Évacuation des passagers
=
Tout au long du naufrage, Andrews parcourt sans relâche les coursives afin de vérifier que personnes ne reste dans sa cabine, exhorte les passagers à mettre leurs gilets de sauvetage et à monter sur le pont des embarcations au plus vite. Plusieurs passagers et membres de l'équipage rescapés témoignent avoir rencontré ou aperçu à plusieurs reprises. Il est donc à peu près possible de retracer ses agissements au cours de ses dernières heures. Ainsi, la passagère de première classe, Eleanor Cassebeer, rencontre Andrews alors qu'elle revient de la proue, sur laquelle elle a vu de la glace. Celui-ci lui assure qu'il n'y a aucun danger. Quelques minutes plus tard, il tient le même discours au steward James Johnson, qu'il croise alors qu'il descend au pont G avec le capitaine. Malgré son air qui se veut rassurant, Andrews ne semble pas croire à ses propres propos. Cela n'échappe pas à Johnson qui comprend que la situation est inquiétante. C'est ensuite au tour de l'hôtesse Mary Sloan de rencontrer Andrews au détour d'une coursive. Ayant entre temps découvert les dégâts au pont G, il l'informe que la situation est grave, mais qu'il ne faut pas répandre la mauvaise nouvelle afin d'éviter un mouvement de panique. Andrews l'encourage à mettre son gilet de sauvetage et à sortir sur le pont, pour montrer l'exemple.

Quelque temps après, il escorte ses amis Albert et Eva Dick au canot n° 3, dans lequel il les fait immédiatement monter, avant de repartir dans les coursives du navire. Une autre hôtesse raconte l'avoir aperçu frappant aux portes des chambres pour réveiller leurs occupants et les persuader de sortir. Se tournant vers elle, Andrews lui demande de veiller à ce que les passagers soient emmenés dehors. Il ordonne ensuite de faire distribuer des bouées de sauvetage, et de mettre des couvertures dans les canots. Ernest Edward Wheelton, un steward de salon, affirme également l'avoir vu. Alors qu'il se rend au canot n° 5, il croise à son tour Thomas Andrews qui ouvre les portes des cabines à la recherche de passagers retardataires. Puis alors qu'elle se rend sur le pont, Eleanor Cassebeer rencontre une seconde fois Thomas Andrews. Ce dernier, attrapant son bras, la fait monter dans un canot sans lui demander son avis. Avant que celui-ci ne descende à la mer, la passagère se souvient même avoir vu Joseph Ismay venir en aide à Andrews pour faire monter d'autres femmes dans les canots. Celles-ci, en s'accrochant à leur mari, rendent la tâche des deux hommes plus difficile encore. Enfin, des ouvriers miraculés témoignent aussi avoir vu l'architecte descendre dans les salles des machines, pour les rassurer et les encourager, tandis qu'ils continuent de travailler auprès des chaudières.

=Derniers instants
=

Alors qu'il ne reste au Titanic qu'une vingtaine de minutes avant de sombrer, Thomas Andrews se trouve à nouveau sur le pont des embarcations. La foule commence désormais à s'agiter, mais il y a encore des femmes qui répugnent à quitter le navire. Pour se faire entendre et attirer l'attention sur lui, Andrews agite alors les bras en annonçant d'une voix forte : Mesdames, il n'y a pas une minute à perdre. Vous ne pouvez pas choisir votre canot. N'hésitez pas, montez, montez !. Il voit Mary Sloan en train de patienter devant un canot de sauvetage (probablement le n° 6), mais sous prétexte que ses amis attendent à l'arrière, elle ne veut pas embarquer immédiatement. Pourtant, à force d'insister, Andrews parvient à la faire monter dans le canot. Quinze minutes avant la fin il est entrevu se dirigeant, un gilet de sauvetage à la main, vers la passerelle de navigation, peut-être dans l'espoir d'y retrouver le capitaine. À ce moment, tout ce qui pouvait être fait a été fait.

Thomas Andrews est vu pour la dernière fois par le steward John Stewart vers 2 h 10 . Il est alors seul dans le fumoir, l'air anéanti et apparemment sous le choc. D'après le steward, l'architecte se tient devant la cheminée, face au tableau L'approche du Port de Plymouth de Norman Wilkinson. Il lui demande s'il ne veut pas tenter sa chance, mais Andrews demeure muet. Son gilet de sauvetage est déposé sur la table d'à côté. Il meurt dans le naufrage, et son corps, s'il fut retrouvé, n'a jamais été identifié.

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